Et ses consonnes résonnent en moi
Il m’attrape d’un mot, m’embrasse d’une syllabe et me vole mes voyelles.
Qui n’a jamais ?
souhaité un jour que son nom ressemble à “Wolfgang Amadeus Quelquechose”
Un peu comme s’il s’agissait d’une formule genre “il était une fois”, un peu pour faire chier la secrétaire.
On en parle ?
Des garçons qui vous donnent rendez-vous sur la digue face à la mer, passé minuit et qui vous laisse rentrer chez vous avec un “Bonne nuit, à lundi”. THREE TIMES A WEEK. Si si.
Fenêtre.
Pointues noires, jean serré, blouson en cuir, chapeau sombre, il est assorti à ce jour glacial. Il me répugne, son allure m’est insupportable, sa démarche m’est écœurante. Il marche dans ma rue et elle se salit sous ses pas. Je reste fascinée et dégoutée.
Peut-être que s’il levait la tête, si j’osais soutenir son regard, si j’y voyais une lumière. Peut-être que si son téléphone vibrait dans sa poche, si c’était une fille qui pensait à lui, si c’était quelqu’un à qui il tenait.
Peut-être qu’alors je pourrais me reconnaitre dans son allure, dans sa démarche. Alors, je tire l’épais rideau qui me coupe de la lumière du jour et monte le son de ma télévision pour ne pas entendre la larme qui roule le long de ma joue.
Il sonne, lève la tête et me cherche du regard. Il est surpris de trouver mon rideau fermé. Je descends les quelques marches qui me sépare de la porte d’entrée en remettant machinalement ma coiffure en place. J’ai de jolis dessous. Je me jette dans ses bras pour ne pas qu’il puisse remarquer la tristesse qui habite mon visage ; la hauteur de ses épaules, la douceur de sa nuque, son odeur, comme si je ne pouvais jamais en avoir assez. Je sens son souffle dans mes cheveux, je l’entends sourire, il me fait un bisou dans le cou pour se dégager. Il ne veut pas rester sur le palier.
S’il savait, serait il aussi pressé ?
Si je lui avouais qu’il s’agissait de notre dernière soirée, voudrait-il monter si vite s’enfermer dans mon appartement ? Ne préfèrerait il pas une soirée différente ? Une où nous irions partout où nous ne sommes encore jamais allés main dans la main, nous ferions des photos. Je voudrais remplir sa carte mémoire, pour lui. Qu’il ne m’oublie pas. Qu’il ne puisse pas penser qu’il ne comptait pas. Je l’aime, même là, même assis sur ce canapé, même en sachant que je vais partir, je l’aime. Je souris en pensant que c’est le dernier mensonge que je ne lui raconte pas et il me serre contre lui. Je n’aurais pas voulu que ce soit si rapide, je pensais que cette nuit me paraitrait plus longue que les autres. Sentir une ultime fois son corps nu contre le mien. Il dort à présent.
- Monsieur, je repense à vos paroles, à l’instant, quand vous estimiez que vous alliez cicatrisez. Ne vous méprenez pas sur ma réaction : c’est de l’approbation. Je le souhaite. J’en serais même contente.
- Merci, Madame Van A. moi aussi j’en serais content.
- Parce que si vous vous en remettez, c’est que, de toute façon, ça n’en valait pas la peine.
J’en demeurai bouche bée.
Elle me scruta intensément puis me déclara d’un ton péremptoire :
- D’un amour essentiel, on ne se remet pas.
Et toute la tristesse des mauvais jours s’atténue pour quelques minutes, côte à côte, écoutant un vieux CD des tubes de l’été dans une voiture un soir d’hiver.

